Elia et son doudou
Elia,
pour cette nouvelle aventure, est une petite fille de P.S, puis de
M.S.
A
notre rencontre, Elia est en grande souffrance de séparation. Elle
pleure pratiquement sans interruption, et a peur, très peur.... de
l'action, de ses pairs, des nouveaux lieux de l'école, des nouvelles
personnes, des objets, des jeux, des bruits, du mouvement, de moi.....
Mais
Elia n'est pas seule. Où qu'elle aille, elle est accompagnée.... accompagnée de "Doudou".
Doudou,
en fait, à un prénom bien plus original que ça, mais je ne peux
vous le dévoiler ici. En rééducation, les doudous, eux aussi, sont protégés par
le secret professionnel et l'anonymat.
"Doudou
d'Élia" est si original, courageux, respectueux de lui-même, que
je crois que finalement, ce sont ses aventures que je vais vous conter
ici...
Donc,
dans un premier temps, Doudou découvre le groupe rééducatif au creux
du bras protecteur d'Élia. Il jette parfois un oeil sur ce qui
se passe là, mais il a peur, très peur, et ça se voit....
Alors je
le laisse regarder, intégrer, s'approcher à son rythme....Je lui
parle, l'encourage des mots, du regard et du cœur...
Il ne me répond
pas, mais regarde subrepticement au début, puis plus franchement. On voit de plus en plus
souvent, son museau, ses grandes oreilles, et ses yeux intelligents...
Un
jour que je lui propose de participer aux activités, Doudou,
courageusement, change de mains. De celles protectrices d'Élia, il
glisse prudemment vers les miennes... Je le guide alors partout où il
me demande d'aller.
Doudou
casse les mousses, et doudou saute dans les cerceaux... Doudou joue à
cache cache. Doudou fait rire tout le monde... Mais Doudou n'en a
cure, et continue ses explorations.
Doudou
parle, aussi, maintenant... Avec ma voix, souvent... Il est alors
très effronté, à des idées sur tout... Curieusement et
progressivement, Doudou a très souvent aussi la voix d'Elia. Il est
alors curieux, directif et créatif...
Un
jour, va savoir pourquoi, Doudou rechange de mains. C'est Élia a
présent qui le guide, lui tient la patte sur la poutre, le pousse sur
le toboggan, le soigne lorsqu'il est blessé (vous avez déjà fait,
vous, du toboggan sur la pointe des oreilles?), le cache ici, le
découvre là...
Plus
personne ne se moque de Doudou... Il a un style bien à lui que tout
le monde admire et parfois même envie... Il est le seul à pouvoir passer sous
à peu près tout, et à
descendre le toboggan sur le nez. Ses cabrioles sont inédites et inimitables.
Seulement
voilà, Doudou, si actif devient de plus en plus fainéant... Il fait
deux sauts puis se couche sur la table, le museau dans les pattes. En
fait, il regarde Élia, qui découvre et expérimente à son tour, de tout son
corps de toute sa voix...
Tout
le monde laisse Doudou tranquille, puisqu'on sait bien, hein, qu'ici
personne n'est obligé de faire ce qui est proposé.
Élia,
elle, s'active drôlement. Comme doudou, elle aime certaines choses
plus que d'autres, bien que ce ne soit pas les mêmes.
Élia,
progressivement, détruit, grimpe, saute, rie, parle, investit son
territoire pour y créer des histoires, des constructions et des
parcours, puis s'ouvre aux autres pour co-créer.
Doudou,
lui, en fin de séance, raconte (par ma voix) tout ce qu'il a vu
faire. Doudou décrit les actions de l'un, les progrès de l'autre,
les idées d'un troisième.
Au
début, tout se passe bien, mais au bout de quelque temps, quand
même, tout le monde le soupçonne de dormir un peu à son poste
d'observation. Doudou, en effet, hésite, se trompe, confond, et
parfois même invente. Certains enfants du groupe, puis tous, sont
obligés d'intervenir:
Doudou
se fait de plus en plus discret, Élia de plus en plus présente.
Un
jour, tout à la fin de nos aventures communes, j'introduis un
nouveau jeu collectif, un jeu de ballon perché(1) .
Élia
participe avec entrain, mais rencontre des difficultés: elle ne peut
s'empêcher de courir derrière le ballon et se retrouve
immanquablement bonne dernière. Une fois "ça va", deux
fois "grrrrrrrr", trois fois Elia craque. Elle n'aime pas
perdre du tout. D'une voix forte et claire, sans agressivité ni
provocation elle dit: "Moi, j'en ai marre, de ce jeu, je ne joue
plus..." et tout en traversant la salle d'un pas ferme, elle
dit: "ah, ah.... maintenant, c'est lui qui joue...."
Elle attrape Doudou, (qui essaye vainement de résister), par les oreilles, et le
traîne de force jusqu'au jeu.
Nous,
les perchés, nous nous demandons à voix haute si Doudou a dormi ou pas,
et s'il connaît les règles du jeu. Élia affirme qu'il était
réveillé, et qu'il connaît les règles.
Doudou
prend le ballon (au moins 5 fois plus gros que lui!!!) entre ses
minuscules pattes et le lance. Le ballon circule, mais de nombreux
sourires flottent....
Le ballon tombe, et Doudou, toujours soutenu en
douceur par Élia, saute souplement sur un perchoir et se met à crier
de la voix joyeuse d'Elia: "J'ai gagné, j'ai gagné!!!". Et
pour cause.... tous les regards sont braqués sur Doudou et Élia, et
nous rions, rions, sans même songer à changer de perchoir!!!!
Le
fou rire est général. Doudou est très fier, et Élia aussi.
En
fin de partie, la conclusion sera unanime: Doudou a compris les
règles, mais ne sait pas, mais alors pas du tout, attraper un ballon.
En fait, ce n'est pas très grave, parce qu'Élia, elle, pour attraper
les ballons, elle est super, et elle lui apprendra......
Moi,
j'aime les doudous, et vous? ;-)
(1)
Ballon perché:
Matériel:
groupe de joueurs, perchoirs, un ballon.
Règle:
les joueurs sont perchés. Je suis en bas et tient le ballon. Je le
lance à un des joueurs perchés. Le ballon circule d'un joueur à
l'autre, moi incluse. Lorsque le ballon tombe, les joueurs changent de
perchoir. Le dernier joueur perché a perdu, et prend la place d'en
bas avec le ballon. Il lance le ballon à un des joueurs perchés et
le jeu recommence....

Pour
approfondir la question: